Tesla rebaptise son FSD en « Assisted Driving » pour convaincre l'Europe de l'approuver
Par Martin Rochard · 3 min de lecture

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Un changement de nom stratégique pour débloquer l'Europe
Tesla franchit un nouveau cap dans sa stratégie d'expansion européenne. Le constructeur californien a discrètement modifié l'appellation de son système d'assistance à la conduite avancée sur le Vieux Continent. Exit le controversé « FSD (Supervised) », place à « Tesla Assisted Driving ». Ce changement de nomenclature n'est pas anodin : il répond aux exigences des autorités européennes et vise à obtenir enfin une homologation à l'échelle de toute l'Union européenne.
Depuis plusieurs années, Tesla tente d'obtenir le feu vert des 27 États membres pour déployer son système de conduite semi-autonome. Si l'homologation est acquise depuis longtemps en Amérique du Nord, en Australie, en Nouvelle-Zélande et en Corée du Sud, l'Europe s'est montrée plus réticente, notamment en raison d'un nom jugé trompeur suggérant une autonomie totale du véhicule.
L'Allemagne change la donne
Le tournant décisif vient d'outre-Rhin. Steffen Bilger, ministre fédéral des Transports allemand (CDU), a publiquement pris position en faveur du système Tesla la semaine dernière. Après des discussions en septembre avec le constructeur, un accord constructif a été trouvé, conditionnant le soutien allemand à un changement de dénomination.
« Il ne s'agit pas d'un système qui prend en charge l'intégralité de la tâche de conduite », a souligné le ministère des Transports. « En réalité, c'est un système d'assistance qui peut prendre en charge des tâches de conduite spécifiques comme l'accélération, le freinage et la direction. Toutefois, le conducteur doit rester attentif en permanence. »
Tesla a accepté et appliqué rapidement cette exigence. Sur les sites web allemand et de nombreux autres pays européens, la nouvelle appellation « Tesla Assisted Driving » a déjà remplacé l'ancienne mention FSD. Fait notable : ce changement ne concerne que l'Europe, le reste du monde conservant l'appellation historique.
Une approbation provisoire déjà effective dans huit pays
Actuellement, huit pays européens ont donné leur accord pour le déploiement du système. Les Pays-Bas ont ouvert la voie en avril, leur autorité routière RDW délivrant une homologation provisoire de type UE conformément à l'article 39 du règlement européen 2018/858. Cette approbation a ensuite été reconnue successivement par la Lituanie, l'Estonie, le Danemark, la Belgique, la Slovénie, la Tchéquie, la Croatie et, plus récemment, la Slovaquie.
Mais Tesla ne veut pas se contenter de cette reconnaissance au cas par cas, qui nécessiterait de convaincre individuellement chacun des 27 États membres. L'objectif est clair : obtenir une homologation européenne complète via un vote du Comité technique des véhicules à moteur (TCMV) de l'UE.
Un vote plusieurs fois reporté
Ce vote crucial a déjà été reporté à plusieurs reprises, la dernière échéance étant fixée à décembre. Les réticences de plusieurs pays, dont l'Allemagne jusqu'à récemment, ont freiné le processus. Les préoccupations portaient notamment sur :
- Les nombreux détails techniques à clarifier
- Les questions de responsabilité en cas d'accident
- La terminologie jugée trompeuse du système
L'enjeu de la majorité qualifiée
Pour obtenir l'homologation européenne, Tesla doit convaincre au moins 15 États membres sur 27, représentant au minimum 65% de la population de l'UE. Le soutien de l'Allemagne, pays le plus peuplé de l'Union, constitue donc un atout majeur. Cette prise de position pourrait entraîner celle des trois autres grands États européens : la France, l'Italie et l'Espagne.
La France, qui s'est récemment montrée critique envers le système Tesla, représente un enjeu particulier. Sans son approbation, Tesla devrait convaincre pratiquement tous les autres États membres pour atteindre la majorité qualifiée nécessaire.
L'usine de Grünheide en arrière-plan
Les liens entre Tesla et l'Allemagne dépassent largement le cadre réglementaire. Le constructeur exploite sa seule usine européenne à Grünheide, près de Berlin, où est notamment produit le Model Y proposé avec le système « Tesla Assisted Driving » ou une préparation à celui-ci. Cette implantation industrielle renforce naturellement les relations entre l'entreprise d'Elon Musk et les autorités allemandes.
L'objectif affiché par le ministre Bilger est sans ambiguïté : « permettre aux conducteurs Tesla de bénéficier de l'Assisted Driving dans toute l'Union européenne aussi rapidement que possible. » Un souhait que partage évidemment Tesla, qui espère transformer l'essai avant la fin de l'année et déployer enfin son système sur l'ensemble du marché européen, y compris en France.
Questions fréquentes
Pourquoi Tesla a-t-il changé le nom de son système FSD en Europe ?
Le nom « Full Self-Driving » (conduite entièrement autonome) était jugé trompeur par les autorités européennes, notamment allemandes. Le système ne prend pas en charge la totalité de la conduite et nécessite une surveillance constante du conducteur, ce qui correspond davantage à une assistance à la conduite.
Dans quels pays européens le système Tesla est-il déjà disponible ?
Huit pays ont approuvé le système : les Pays-Bas (premier en avril), suivis de la Lituanie, l'Estonie, le Danemark, la Belgique, la Slovénie, la Tchéquie, la Croatie et récemment la Slovaquie. Ces approbations reposent sur une homologation provisoire délivrée par l'autorité néerlandaise RDW.
Qu'est-ce que le système « Tesla Assisted Driving » permet de faire concrètement ?
Le système permet une conduite automatisée de porte à porte, en gérant l'accélération, le freinage et la direction. Cependant, le conducteur doit rester attentif en permanence et être prêt à reprendre le contrôle à tout moment.
Pourquoi l'accord de l'Allemagne est-il si important pour Tesla ?
L'Allemagne est le plus grand État membre de l'UE en termes de population. Pour obtenir une homologation européenne complète, Tesla a besoin d'une majorité qualifiée de 15 pays sur 27, représentant au moins 65% de la population européenne. Le soutien allemand facilite également l'adhésion d'autres grands pays comme la France, l'Italie et l'Espagne.
Quand l'homologation européenne complète pourrait-elle intervenir ?
Un vote est prévu au sein du Comité technique des véhicules à moteur (TCMV) de l'UE, reporté à décembre après plusieurs ajournements. Avec le soutien de l'Allemagne, les chances d'approbation sont désormais plus élevées.



