Une Maserati 5000 GT Frua abandonnée 30 ans dans un entrepôt égyptien refait surface
Par Laurence Jardin · 3 min de lecture

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Une légende automobile italienne sort de l'ombre après trois décennies d'oubli. Maserati vient d'accorder sa prestigieuse certification Classiche à une voiture hors du commun : le châssis 103*064*, la toute première 5000 GT carrossée par Pietro Frua, qui a passé plus de 30 ans emprisonnée dans un entrepôt égyptien.
Une création née de l'ambition d'un shah
L'histoire de la Maserati 5000 GT commence en 1959 avec une demande particulière du Shah de Perse. Propriétaire d'une Maserati 3500 GT, le monarque souhaitait une automobile encore plus exclusive et performante. Giulio Alfieri, directeur technique de Maserati, relève le défi avec le projet AM103.
L'ingénieur italien transplante un moteur V8 de 5,0 litres dérivé de la voiture de course Maserati 450S dans un grand tourisme routier. Le résultat : plus de 350 chevaux logés sous le capot d'une GT destinée aux routes. Carrozzeria Touring signe les trois premières carrosseries, présentées au Salon de Turin en 1959.
Quand Pietro Frua s'empare du projet
Maserati ouvre ensuite la plateforme AM103 à d'autres carrossiers prestigieux. Allemano, Pininfarina, Monterosa, Ghia, puis finalement Pietro Frua apportent chacun leur vision stylistique sur cette base mécanique exceptionnelle.
En 1962, Pietro Frua construit trois exemplaires de la 5000 GT. Le châssis 103*064*, premier de la série, arbore une livrée extérieure "Luci di Mezzanotte" (lumières de minuit) associée à un intérieur "Camoscio" (chamois). Sa signature stylistique ? Une ligne de ceinture abaissée et des surfaces vitrées plus généreuses, conférant une silhouette plus élancée que les versions Touring et Allemano précédentes.
Du Salon de Genève aux palais royaux
Maserati utilise ce prototype pour des essais routiers avant de le présenter au Salon de Genève en mars 1963. L'Aga Khan IV l'y conduit et apprécie tellement l'expérience qu'il commande sa propre 5000 GT Frua.
Le prototype retourne à Modène fin 1963 et trouve acquéreur à Rome. En janvier 1966, ce propriétaire l'échange contre une Maserati plus récente. L'usine repeint alors la voiture en "Rosso Rubino Chiaro" à la demande de son nouveau propriétaire : le prince saoudien Magid Ben Saoud, qui l'offre à son père, le roi Saoud ben Abdelaziz Al Saoud.
Trente ans d'enfermement au Caire
C'est avec ce cadeau royal que débute le chapitre le plus étrange de cette Maserati. En 1967, après la Guerre des Six Jours et le départ du roi d'Égypte, les autorités égyptiennes saisissent la voiture. Elle restera enfermée dans un entrepôt du Caire pendant plus de trois décennies, figée dans le temps.
Lorsqu'elle refait surface en 2000, la 5000 GT n'affiche qu'environ 12 700 kilomètres au compteur. Miracle : tous ses composants majeurs sont intacts. Un collectionneur texan l'acquiert et la rapatrie à Modène pour une restauration minutieuse qui durera quatre ans.
Renaissance italienne et consécration
La voiture réapparaît en 2004 au prestigieux Concorso d'Eleganza Villa d'Este, événement incontournable pour les automobiles de collection. Cette restauration s'inscrit dans la tradition des créations uniques de Maserati, comme la récente GT2 Stradale, hommage à l'héritage sportif de la marque.
Aujourd'hui, cette première 5000 GT Frua obtient la certification Maserati Classiche, devenant ainsi le premier exemplaire carrossé par Frua à recevoir cette authentification officielle. Le programme Classiche vérifie l'authenticité des modèles historiques en s'appuyant sur les archives d'usine et des contrôles techniques rigoureux.
Un patrimoine automobile préservé
Sur les 34 exemplaires de 5000 GT produits entre 1959 et le milieu des années 1960, chacun représente un témoignage unique de l'excellence italienne. Cette résurrection d'une voiture disparue pendant trois décennies illustre l'importance de la préservation du patrimoine automobile.
Maserati poursuit parallèlement ses activités de personnalisation avec Fuoriserie et son atelier Bottega, lancés en 2021, qui s'occupent de projets sur mesure pour véhicules actuels et classiques. Une manière de perpétuer l'esprit d'exclusivité qui animait déjà la création de la 5000 GT, il y a plus de soixante ans.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qui rend cette Maserati 5000 GT si rare ?
Seulement 34 exemplaires de la 5000 GT ont été produits entre 1959 et le milieu des années 1960. Trois seulement portaient la carrosserie signée Pietro Frua, et ce châssis 103*064* est le premier d'entre eux.
Pourquoi Maserati a-t-elle créé la 5000 GT ?
Le Shah de Perse possédait une Maserati 3500 GT mais souhaitait quelque chose de plus prestigieux. Le directeur technique Giulio Alfieri a conçu le projet AM103 en installant un V8 de 5,0 litres dérivé de la voiture de course 450S dans un grand tourisme routier.
Comment cette voiture s'est-elle retrouvée enfermée en Égypte ?
La 5000 GT appartenait au roi Saoud ben Abdelaziz Al Saoud d'Arabie Saoudite. Les autorités égyptiennes l'ont saisie en 1967 lors de la Guerre des Six Jours, après le départ du roi d'Égypte. Elle est restée dans un entrepôt cairote jusqu'en 2000.
Qu'est-ce que la certification Maserati Classiche ?
C'est une authentification officielle qui vérifie l'authenticité des modèles historiques en utilisant les archives de l'usine et des contrôles techniques approfondis. Cette 5000 GT Frua est la première de sa série à recevoir cette certification.
Quel était l'état de la voiture après 30 ans d'abandon ?
Lorsqu'elle a refait surface en 2000, elle n'affichait qu'environ 12 700 kilomètres et conservait tous ses composants majeurs d'origine. Cela a permis une restauration authentique de quatre ans avant sa présentation au Concorso d'Eleganza Villa d'Este en 2004.



