Alpine A390 : pourquoi la marque accepte un démarrage commercial modeste
Par Martin Rochard · 3 min de lecture

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Alpine traverse une phase délicate avec le lancement de son SUV électrique A390, mais la marque française assume pleinement sa stratégie de développement progressif. Avec environ 250 ventes mensuelles, les chiffres sont certes en retrait par rapport aux objectifs initiaux, mais la direction du groupe Renault refuse de céder à la panique ou à la tentation des volumes à tout prix.
Une vision long terme assumée par Renault
François Provost, patron du groupe Renault, s'exprime sans détour sur la situation de l'A390. "J'avais prévenu Philippe [Krief, PDG d'Alpine] que ses prévisions étaient trop optimistes", explique-t-il. Selon lui, Alpine doit adopter une approche plus humble dans son développement, même si la qualité intrinsèque du véhicule est indéniable.
Le responsable va même plus loin en affirmant : "Je m'en fiche si nous n'atteignons pas les volumes espérés. C'est un projet sur 20 ans. Je ne vais pas tuer la marque, son ADN et son capital en étant frileux ou hésitant." Cette déclaration marque une rupture avec l'obsession habituelle des volumes dans l'industrie automobile.
Le défi face aux géants allemands
Le principal obstacle à la conquête commerciale d'Alpine réside dans le positionnement financier. L'A390, rival direct du Porsche Macan électrique, peine à rivaliser avec les conditions proposées par les constructeurs premium allemands sur le marché européen.
Les clients considèrent bien l'Alpine dans leur sélection initiale, reconnaît François Provost, mais beaucoup se tournent finalement vers la concurrence allemande pour des raisons purement financières. Les mensualités des rivaux sont plus attractives, notamment grâce à :
- Des valeurs résiduelles plus optimistes
- Des politiques de remises agressives
- Une notoriété établie depuis des décennies
"Si l'Alpine est plus chère, ce n'est pas facile", concède Provost, tout en soulignant que les propriétaires de l'A390 sont "super-enthousiastes" une fois au volant.
L'exemple américain et les leçons de l'A290
La direction d'Alpine cite plusieurs éléments pour justifier sa patience. D'abord, le report de l'entrée sur le marché américain témoigne de cette volonté de ne pas brûler les étapes. Ensuite, l'expérience de l'A290, la citadine sportive électrique, démontre qu'un démarrage lent n'empêche pas une accélération ultérieure des ventes.
Philippe Krief, PDG d'Alpine, se montre également serein face aux critiques. Il rappelle que l'A390 n'a pas été lancé simultanément dans tous les pays où Alpine est présent, et que les versions GT et GTS haut de gamme n'étaient pas disponibles initialement. Ces facteurs expliquent mécaniquement des volumes limités au démarrage.
Une stratégie de niche assumée
François Provost pousse le raisonnement jusqu'à son terme : "Peut-être qu'au final, le potentiel réel du véhicule représente un tiers de ce que nous pensions. Et alors ? Si le client est satisfait et que nous trouvons le bon positionnement, si cela nourrit la marque, cela me convient."
Cette approche contraste radicalement avec la course aux volumes qui caractérise l'industrie automobile moderne. Alpine mise sur la construction d'une identité forte et d'une clientèle fidèle plutôt que sur la conquête rapide de parts de marché.
Un pari sur l'avenir d'Alpine
Avec l'A390 et l'A290, Alpine tente de passer du statut de constructeur mono-modèle à celui de marque de performance électrique à part entière. Ce repositionnement ambitieux nécessite du temps et de la constance.
La "généalogie super claire" de l'A390 citée par François Provost fait référence à l'héritage sportif de la marque française, un atout différenciant face aux constructeurs allemands. Reste à savoir si cette stratégie patiente portera ses fruits dans un marché automobile de plus en plus concurrentiel et volatile.
Pour l'instant, Alpine semble disposer du soutien indéfectible de sa maison mère Renault, prête à accepter des résultats commerciaux modestes au profit d'une construction de marque solide et durable. Un luxe que peu de constructeurs peuvent se permettre dans le contexte actuel.
Questions fréquentes
Quelles sont les ventes actuelles de l'Alpine A390 ?
Le SUV électrique sportif se vend à environ 250 unités par mois depuis son lancement fin 2024. Ces chiffres sont inférieurs aux prévisions initiales de la marque, comme l'a reconnu Philippe Krief, PDG d'Alpine.
Pourquoi l'A390 peine-t-il face à ses concurrents allemands ?
Selon François Provost, les constructeurs premium allemands proposent des mensualités plus basses grâce à des politiques agressives sur les valeurs résiduelles et les remises. Alpine, marque en reconstruction, ne peut pas encore s'aligner sur ces conditions financières sans compromettre son image.
Alpine est-elle inquiète pour l'avenir de l'A390 ?
Non, la direction du groupe Renault assume pleinement cette stratégie. François Provost affirme qu'il s'agit d'un "voyage de 20 ans" et qu'il refuse de sacrifier l'ADN de la marque pour obtenir des volumes rapides.
L'A290 a-t-il connu le même démarrage difficile ?
Oui, la petite sportive A290 a également connu un lancement lent avant que les ventes n'accélèrent progressivement. La direction d'Alpine cite cet exemple pour justifier sa patience avec l'A390.
Tous les marchés et versions de l'A390 sont-ils disponibles ?
Non, l'A390 n'est pas encore commercialisé dans tous les pays où Alpine est présent, et les variantes GT et GTS n'étaient pas proposées au lancement, ce qui explique en partie les volumes limités.



